À l’occasion de la sortie prochaine de notre publication sur le numérique responsable, co-écrit avec le studio digital Bruno Della Mattia, Frédéric Bordage, THE expert de la sobriété numérique, a accepté de répondre à quelques questions. Nous étions ravis et impressionnés. Extraits.  

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Quel est, selon vous, le réel impact environnemental de la communication numérique ?

C’est tout d’abord fabriquer le numérique, qui représente 80% des impacts en France. Les 20% d’impacts restants sont dus à la production d’électricité due à son utilisation. Sur les usages liés à la communication digitale, les enjeux sont donc doubles. Tout d’abord  faire en sorte que la campagne de communication tourne confortablement même sur des terminaux vieillissants pour éviter l’obsolescence. Puis de ne pas « saturer les tuyaux » avec des fichiers qui seraient très lourds. Il faut savoir que la communication digitale va avoir des impacts environnementaux indirects sur les éléments physiques. Par exemple, produire des vidéos publicitaires uniquement en 4K oblige les gens qui n’en ont pas à changer leur écran.

Que faut-il absolument éviter et quelles sont les bonnes pratiques ?

Tout ce qui va déclencher l’obsolescence, ou qui va engorger les tuyaux pour rien. On est aujourd’hui dans une communication très promotionnelle, qui pousse du contenu sans qu’on l’ait demandé. Une communication intelligente, qui serait un apport d’informations pour l’utilisateur moins intrusif, contribuera probablement à réduire les impacts environnementaux associés.

En termes de sobriété numérique, les bonnes pratiques vidéo sont, autant que possible : bannir l’autoplay, des résolutions par défaut acceptables et non maximales, car ce n’est pas forcément nécessaire tout le temps.

Votre avis sur le print VS numérique ?

Il y a une tendance de la société à opposer le papier aux octets, ce qui na aucun sens. Ce sont deux supports qui ont des impacts environnementaux différents. On a beaucoup d’épuisement de ressources abiotiques (ressources naturelles non renouvelables comme le pétrole ou les minerais) dans le numérique, et quasiment pas dans le papier. En revanche, fabriquer de la pâte à papier cause beaucoup plus d’eutrophisation*. Les études comparatives qui sortent aujourd’hui sont toutes à charge, alors qu’on devrait être dans une articulation intelligente entre ces 2 supports. Et cela pour en tirer le meilleur parti : un minimum d’impact environnemental avec une meilleure efficacité en termes de communication. Entre un livre papier et Kindle, par exemple, celui utilisé le plus souvent et longtemps aura le moins d’impact. Ici, c’est probablement le livre emprunté à la bibliothèque qui sera le plus efficace. Dans le monde de la communication digitale, il y a probablement un modèle à trouver en s’inspirant de cette réflexion.

*eutrophisation : Apport excessif d’éléments nutritifs (nitrates et phosphates) dans les eaux, entraînant une prolifération végétale, un appauvrissement en oxygène et un déséquilibre de l’écosystème. Les effluents des fabriques de pâtes et papiers peuvent être d’importantes sources externes de matières organiques dissoutes et particulaires dans les systèmes aquatiques, d’où une eutrophisation accrue des milieux récepteurs.

L'expert

Spécialiste français du numérique responsable, Frédéric Bordage a créé en 2004 la communauté GreenIT.fr. Elle abrite une centaine d’organisations et d’entreprises (Collectif conception numérique responsable, Club Green IT) qui s’intéressent et prennent part au numérique responsable.

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